Les drive-in, alternative au cinéma en ces temps de distanciation sociale ?

02 juin 2020

Les drive-in, ou ciné-parcs, sont des cinémas en plein air où l’on vient voir un film confortablement installé dans son véhicule. S’ils sont l’un des symboles de l’Amérique des années 60 et 70, avec notamment une scène culte de Grease en 1978 ou une apparition dans Once upon a time in Hollywood plus récemment, ils sont aujourd’hui beaucoup moins nombreux que les salles de cinéma traditionnelles.

En ces temps de distanciation sociale, les cinémas drive-in peuvent-ils devenir l’alternative idéale aux salles obscures ?

Histoire des cinémas drive-in

Si quelques petits cinémas de plein air fleurissent aux États-Unis dans les années 20, c’est Richard Hollingshead qui crée le premier drive-in theater dans le New Jersey en 1933. Suite à la crise de 1929, ce concept rassemble deux des industries les plus chères au peuple américain : le cinéma et l’automobile.

Le cinéma drive-in se développe rapidement au pays de l’oncle Sam, jusqu’à atteindre 4000 parcs dans les années 1960. Les spectateurs viennent y chercher intimité et liberté. La voiture constitue un espace personnel idéal pour vaquer à ses occupations sans déranger les autres, que ce soit en couple ou en famille. Ces dernières apprécient que les enfants puissent faire du bruit ou commenter les scènes sans déclencher l’ire des voisins.

Si l’on a faim, il suffit d’allumer les veilleuses et un serveur vient prendre la commande. Un récepteur est distribué à l’entrée pour pouvoir régler le son du film dans la voiture. Par la suite, le concept de drive-in est adapté aux chaînes de restaurants et même aux banques.

À partir des années 80, la mode du drive-in connait une baisse de régime, avec l’arrivée de la télévision par câble et des cassettes vidéo. De plus, les voitures rétrécissent et sont moins confortables, et tout ceci pousse les spectateurs à rester chez eux. Aujourd’hui, il y a encore environ 300 cinémas drive-in aux États-Unis.

D’autres pays s’essaient également à ce format de diffusion, mais avec moins de succès, comme le Canada ou l’Australie. En France, le premier ciné-parc est créé en 1967 près de Toulon. À Rungis, un grand projet de cinéma drive-in est développé en 1970 pour attirer une clientèle plus large dans les Halles.

Un écran de 600 mètres carrés, le plus grand d’Europe, est installé devant des vagues en arc de cercle, qui surélèvent l’avant de la voiture et donnent la meilleure visibilité possible. Mais le concept de drive-in n’accroche pas vraiment en France et les rares initiatives s’éteignent peu à peu.

Vers un retour des Cinémas drive-in dans le monde entier

En cette période de crise sanitaire, les projets se multiplient dans le monde entier pour pérenniser la diffusion de la culture et la sociabilité malgré les mesures de restriction. Si les réseaux sociaux, les plateformes de streaming ou les apéros en visioconférence constituent les occupations majeures du moment, elles ne remplacent pas la possibilité de se rendre à l’extérieur pour profiter des loisirs habituels.

Dans de nombreux pays, les drive-in font leur grand retour. La Corée du Sud et l’Allemagne, qui ont opté pour un confinement moins strict qu’en France, proposent depuis le début de la crise des séances de cinéma en plein air.

Les voitures sont garées à au moins deux mètres de distance les unes des autres, et le billet est scanné à l’entrée sans même avoir besoin de baisser la vitre. En Iran, on désinfecte les voitures qui se garent sur le parking du cinéma en plein air. Le drive-in d’Essen en Allemagne, ouvert à l’année, est complet pour toutes ses séances depuis le début du confinement.

En Lituanie, l’aéroport de Vilnius, déserté suite à l’annulation de la plupart des vols, a mis en place un drive-in sur son tarmac.

Si, outre-Rhin, certaines villes comme Offenbourg disposent d’un cinéma drive-in à l’année, il est aussi possible de monter un évènement éphémère. Des écrans gonflables permettent une installation temporaire, pour remplacer des festivals de cinéma ou en attendant la réouverture des salles obscures. Les drive-in qui sont ouverts en cette période de confinement affichent des taux de fréquentation en forte hausse par rapport à la même époque l’année dernière.

Et les drive-in en France ?

En France, les salles de cinéma  rouvriront dès le 22 juin !  Une nouvelle qui devrait en ravir plus d’un !  Un sondage a d’ailleurs été réalisé par Vertigo Research et démontrait  qu’« aller au cinéma » est la deuxième activité la plus attendue des habitants (52,2 % des suffrages), après « aller au restaurant, boire un verre dans un café » (79,2 %) qui se place sans surprise en haut de la liste. Cette étude démontre l’appétence des Français pour le cinéma, mais les initiatives pour répondre à ces envies se font attendre.

Le Festival du film romantique de Cabourg a annoncé que sa 34e édition prévue au mois de juin ne pourrait pas se tenir. Mais les organisateurs envisagent que les films de sa sélection des Swann d’or soient projetés en drive-in. Un cadre romantique qui colle bien au thème du festival, avec l’assurance du respect des règles de distanciation sociale. À Caen, le cinéma Lux essaie de programmer des projections en plein air sur le parking du parc des expositions. L’organisation est déjà arrêtée, avec un écran gonflable de 130 mètres carrés, un placier pour garer les voitures et une radio locale qui diffusera le son du film directement sur l’autoradio.

On va donc pouvoir continuer de percevoir des initiatives fleurir sur tout le territoire pour satisfaire les cinéphiles pendant la période estivale . Et même si l’installation d’un cinéma temporaire demande une grosse organisation, pourquoi ne pas rêver d’un nouvel âge d’or des cinémas drive-in ou en plein air ?

Ce serait dans tous les cas un bon moyen de profiter autrement du confort de sa voiture tout en vivant une expérience unique avec son auto !